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Yarol Poupaud - 2018-02-05

© Frank Loriou

Ce Yarol est un drôle de phénomène. Guitariste de luxe, chanteur pas maladroit, type pas bégueule pour un sou, pas plus que vaniteux. Le gars est comme il est, purement talentueux, authentiquement simple. Cool même, oui cool. C’est le bon mot. On ne refait pas son CV (FFF, Johnny, …), la place manque, mais toujours est-il que son premier album solo éponyme vient de voir le jour. C’était donc l’heure de refaire le monde avec le plus rockeur des guitar heros français.

Rocklg : Bonjour Yarol, racontes-moi : comment on se sent le 31 janvier, à la veille de la sortie de son premier album solo ?

Yarol : J’avais vraiment hâte que ça sorte, parce que tu sais, les délais dans l’industrie du disque et les temps de fabrication sont toujours longs. Ce disque, on l’a fini depuis un petit moment, donc j’avais vraiment hâte que les gens le découvrent et puisse l’écouter chez eux… On avait beaucoup joué les chansons sur scène avant que l’album ne sorte. Ça c’était déjà top… On a sorti l’album de Johnny au même moment où on devait sortir notre album. On a réfléchi et on s’est dit que c’était un peu dommage de le sortir la même semaine… donc on a décalé.

Rocklg : Tu as une carrière extrêmement dense, avec FFF, avec MUD, en tant que musicien ou producteur, sans parler de ton rôle au côté de Johnny : sortir un premier album assumé sous son nom, ça change quelque chose ?

Yarol : Ce qui change surtout, c’est que je démarre une nouvelle carrière de chanteur. J’avais déjà fait des albums comme chanteur avec Mud dans les années 90, mais j’étais à la batterie, donc un peu planqué derrière. J’avais moins à assumer ce rôle de frontman, de leader avec la guitare et le micro. Pour moi, c’est une nouvelle aventure qui commence et c’est très excitant !

Rocklg : Tu regardes les retours de la presse ? Des tes fans ? … du public de Johnny ?

Yarol : C’est sûr qu’il y a pas mal de gens à être venus nous voir avec Johnny et qui sont revenus nous voir en concert. Ce sont des gens qui aiment le rock n’ roll et qui ont envie de voir ce que je fais à côté. Et tant mieux, j’en suis ravi ! Alors oui, je regarde un peu les avis mais je ne te cache pas que je passe plus de temps à répéter, à jouer les morceaux, à jouer de la guitare qu’à regarder ce qui se passe sur les réseaux sociaux… mais je suis un petit peu quand même ce qui se dit…

Rocklg : Ce que tu lis comme retours est conforme à ce que tu avais envie de transmettre ?

Yarol : Plutôt oui ! Je ne sais pas si tu as lu un peu des trucs ? Je trouve qu’il y a plutôt de bons retours !

Rocklg : Oui bien sûr, j’en ai vu ! J’ai trouvé les retours pas mal ! Si ce n’est que Rock & Folk a été un peu dur sur ta voix notamment… Chacun a son avis personnel tu me diras. Moi j’étais au Run ar Puns (à Chateaulin, Finistère) fin d’année dernière et c’était énorme. Tu m’as plutôt surpris avec l’utilisation de ta voix.

Yarol : Merci !

Rocklg : Dans cet album qui s’inspire largement des courants musicaux que tu as toujours défendus (soul, funk, rock, …), tu insistes beaucoup sur le fait que tu ne voulais pas faire un album de classic rock. Or, clairement, dans sa structure, ses morceaux, ses envolées solistes, c’en est définitivement un, non ?

Yarol : Bien sûr ! Mais en fait, je n’avais juste pas envie de faire un album vintage, dans une structure uniquement guitare, basse, batterie. J’avais envie de mélanger les instruments, de mélanger les sonorités et les textures. C’est pour ça que je me suis beaucoup amusé avec les synthés, les boîtes à rythme, les sons un peu bizarres, les percus, les chœurs. Je ne voulais pas faire un truc de puriste.

Rocklg : D’ailleurs, tu fais souvent référence à Elvis, Chuck Berry, les Beatles, les Stones, tu écoutes également des artistes contemporains ?

Yarol : Beaucoup, beaucoup ! Je suis un grand fan de tout ce qui peut sortir de la chocolaterie de Jack White, ses albums solos, ses side projects, j’attends avec impatience la sortie du prochain Raconteurs. J’aime beaucoup aussi tout ce qui se fait du côté des Arctic Monkeys, Alex Turner est un songwriter extraordinaire, j’adore le dernier ! J’aime tout ce que fait Dan Auerbach, avec les Black Keys ou sa carrière solo… Ce qu’il produit, c’est aussi très intéressant ! J’adore aussi toute la bande de Josh Homme, Queens Of The Stone Age a un talent de dingue. Alors, je te cite des grandes stars américaines, mais en France il y a aussi des groupes comme Last Train, ou Ko Ko Mo que j’aime beaucoup. Il y en a plein…

Rocklg : Tu es également multi-instrumentiste, tu as presque tout composé ou le groupe a joué un rôle dans ces compos ?

Yarol : J'ai écrit les bases des chansons, vraiment les premières moutures. Mais c'est vraiment un travail d'équipe tout le monde a vraiment participé aux arrangements, à la couleur. Au début je fais des chansons tout seul dans ma piaule et après je ressors avec des petites maquettes et je vois avec le groupe ce que ça peut donner. Mais ce n'est jamais aussi bien que quand les musiciens qui m'entourent se les approprient et les interprètent à leur manière en apportant leur identité, leurs idées. Ce n'est pas à moi d'avoir tout seul la vision des choses. J'ai envie d'échanger avec les musiciens pour qu'ils apportent énormément.

Rocklg : Oui, toi qui étais dans un groupe, tu sais ce qu’apporte l'intelligence collective...

Yarol : Exactement ! j'écris des chansons mais tout le monde a participé aux arrangements et à la couleur définitive.

Rocklg : Les paroles sont très majoritairement en anglais… comme beaucoup d’artistes, considères-tu l’anglais comme un instrument à part entière ? Ou ce choix provient d’une écriture naturelle ? D’une peur de chanter en français ?

Yarol : C'est une écriture naturelle. En fait la voix est un instrument que ça soit en anglais, en espagnol, en français ou en chinois… La voix humaine est un instrument extraordinaire. Depuis que je suis môme je baigne dans une culture anglo-saxonne et ça me vient naturellement en anglais quand j'ai une idée de chanson. Vu que c'est une influence et que c'est ce dans quoi je baigne toute la journée, les mots me viennent en anglais plus facilement qu'en français. Mais j'avais envie qu'il y ait tout de même des mots et des chansons en français sur cet album. Donc je suis allé chercher du côté des gens dont j'aime beaucoup l’écriture, notamment Benjamin Biolay et Corinne. Je leur ai proposé de travailler avec moi, on a écouté des chansons et je suis très content du résultat. J'espère que sur le prochain album, il y aura encore plus de chansons en français.

Rocklg : Romain Humeau d’Eiffel me confiait, il y a quelques années, qu’il ne parviendrait pas précisément à exprimer ses sentiments profonds en anglais, comment ça se passe chez toi ?

Yarol : En fait ce qui s'est passé, c'est que j'avais une idée de ce que j'avais envie de dire mais effectivement, là où il a raison, c'est que vu que ce n'est pas ma langue natale, à un moment donné je me suis fait aider par quelqu'un qui est vraiment anglophone notamment mon ami Paddy Sherlock qui est irlandais. La première mouture que j'avais faite chez moi était dans un anglais correct mais si tu veux, je n'avais pas envie d'écrire en anglais pour écrire un espèce de cache-misère. Justement pour passer à l'étape supérieure et qu’un anglophone qui écouterait l’album se dise « les textes ont vachement intéressants », il me manquait certains codes. Et certaines clés pour vraiment débloquer tout ce que j'avais envie de dire et de le dire d'une manière plus poétique et plus intéressante.

Rocklg : Et tu te verrais toi-même écrire un jour en français ?

Yarol : Oui j'adorerais ça. J'y travaille mais pour l'instant ça n'est pas abouti. C'est un talent, une gymnastique. Mais j'adorerais en être capable, ça fait partie des projets que j'ai !

Rocklg : D’où est venue l’idée génial des mini clips promos dans la Mustang ?

Yarol : En fait, on se demandait ce qu'on pourrait faire pour faire découvrir l'album et donner envie aux gens de l'écouter. Cette voiture est magnifique et c'est la bonne occasion de se mettre dans la bagnole d'écouter la musique et d'en parler.

Rocklg : Et c’est vrai que Caroline (De Maigret, sa compagne) n’avait pas entendu l’album au fur et à mesure ?

Yarol : Si elle avait entendu mais uniquement les premières moutures et j'avais écrit les paroles en douce !

Rocklg : les radios nous bourrent de cochonneries indigestes, les Zénith sont farcis de mauvais hip hop, de pop grotesque et de variété insipide alors que tu remplis un Run Ar Puns avec 2h30 de show incandescent ? Quel est ton point de vue sur la musique en France, faut-il s’inquiéter ?

Yarol : Si les zéniths son replis avec des groupes dont je suis pas forcément fan, c'est qu'il y a des gens qui aiment ça. On ne va pas les forcer à écouter des trucs, il n'y a pas de dictature. Il se trouve que les mômes ont envie d'écouter certains trucs en ce moment… ils s'y retrouvent, ils s'éclatent et moi ça me pose aucun problème. Il se trouve que le rock en ce moment est plutôt reparti de l’underground. Le rock se régénère régulièrement et pour se régénérer, il a besoin de retourner dans les caves, de retourner dans les clubs ou dans les bars là où il est né pour trouver une nouvelle énergie. Moi j'adore jouer dans les clubs et j'espère franchement que l'on va avancer et que, avec ce projet, on finira par remplir des salles plus grandes. Mais il y a une vraie énergie dans les petites salles et dans les clubs qui fait que moi ça me va. Je ne suis pas la police du bon goût. Il y a des j'ai des trucs qui marchent en ce moment et que moi je n'aime pas du tout mais si ça marche, tant mieux pour eux.

Rocklg : On te voit dans les festivals d’été ?

Yarol : Oui bien-sûr, je commence une tournée demain. On va faire pas mal de festivals et cette année comme l’an prochain on va être beaucoup sur les routes !

Rocklg : Yarol, des nouvelles de FFF ?

Yarol : Oui écoute, on se voit régulièrement, on avance sur un éventuel prochain album. On a des morceaux, il faut qu'on ait le temps de s'y mettre et peut être qu'un jour il y aura un nouvel album. Ça fait un moment qu'on en parle donc on arrête de le promettre. On n’a pas envie de se presser pour sortir un album insipide…

La question décalée : es-tu vraiment aussi cool que tu en as l’air ?

Yarol : (rires !) Ben je sais pas, viens nous voir en concert le prochain coup et on boira un verre ensemble !

Rocklg : Que peut-on te souhaiter de mieux pour finir ?

Yarol : Que grâce à cet album, on aille très loin et que les gens adhèrent, viennent au concert et que ça dure longtemps, qu’on s’éclate ! Et qu’il y ait un autre album ensuite et qu’on fasse de la musique le plus longtemps possible !

_Merci à Yarol pour sa spontanéité, sa passion perpétuelle et son énergie ! Retrouvez également notre chronique de l'album de Yarol._

Propos recueillis par Jean

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